Budget 2017 - Intervention GC

Monsieur le président,

Mesdames, Messieurs,

Entre un taux de chômage élevé en regard de la moyenne suisse, une crise économique fragilisant les entreprises actives dans l’exportation, des Chambres fédérales qui ne tiennent pas compte des spécificités de notre canton dans leurs décisions et, finalement, la majorité de notre parlement pour qui la rigueur comptable et l’écrasement de la gauche sont l’unique et sacro-saint credo, il est difficile pour le canton de Neuchâtel d’aller de l’avant en cette fin d’année 2016.

Dans ce contexte, il nous apparaît primordial de réaffirmer le rôle et les raisons d’être de l’État. Une chose est claire, l’État ne se définit pas en nombre d’équivalents plein-temps, pas plus d’ailleurs qu’il ne se limite au cumul des charges, des subventions et des recettes. L’État se définit au travers de son action, des missions qu’il se doit d’assurer, comme celles de promouvoir l’égalité des chances au travers d’un système de formation de qualité, de garantir l’accès à tous à un système de santé qui n’opère pas de sélection entre les patients, mais aussi de promouvoir une vie culturelle dynamique et variée, par exemple.

Alors qu’à Berne la politique des petits copains du domaine des assurances s’affiche désormais ouvertement à la tête des deux Chambres fédérales, les assurances annonçaient en novembre dernier une énième augmentation des primes maladie. Plus récemment, appliquant la logique libérale qui lui est chère, le Conseil national décidait de faire payer la facture de la hausse des primes aux contribuables, en réduisant les subsides. Une mesure destinée à limiter les hausses dans ce domaine, nous dit-on… Une parfaite transcription du petit manuel du lobbyiste en assurance-maladie, se dit-on ! Car si les coûts et donc les primes augmentent, c’est bien évidemment la faute des assurés… Ni la concurrence voulue par la droite, ni le coût des médicaments n’y sont pour quoi que ce soit. Seule l’attitude inconséquente des assurés, plus encore s’ils sont romands, est à pointer du doigt.

À Neuchâtel, il y a aussi des assurés et il y a aussi un parlement. Et au vu de la composition du Grand Conseil, il n’y a aucune raison que la logique « assureur maladie » ne s’applique pas. À Neuchâtel, il y a bien un Conseil d’État, mais force est de constater qu’à éponger et éponger encore, il s’est épuisé et d’éponge il n’a même plus à jeter. Il revient donc au groupe socialiste de dire stop, de dénoncer l’enrichissement de quelques-uns sur le dos d’une majorité manipulée. Car, oui, être élus socialistes implique d’être là pour fixer des limites, des limites aux dérives du tout-à-l’économie, mais aussi d’être là où les discours outrés ne suffisent plus.

Nous sommes persuadés qu’en période de crise, l’État doit montrer les signes de sa volonté de se consolider pour maintenir la cohésion sociale, et non de se désolidariser de celles et ceux pour qui cette cohésion a le plus de sens. Diminuer les subsides LAMal en limitant le nombre de bénéficiaires, réduire dans les mesures d’insertion alors qu’il est toujours plus difficile de s’insérer dans le milieu du travail, mais aussi changer les règles en matière d’octroi de l’aide matérielle sont des éléments à propos desquels la version initiale du budget du Conseil d’État est inacceptable.

Lors du débat sur le premier volet d’assainissement, nous avions martelé qu’aucun redressement des finances ne pouvait se faire sans augmentation de recettes. Nous ne pouvons que regretter que ce message n’ait, une fois de plus, pas été entendu par le Conseil d’État et encore moins par la droite de cet hémicycle. Nous en prenons acte, mais nous nous interrogeons. Comment le Conseil d’État peut-il multiplier les appels solennels, répéter à l’envi que notre canton a besoin de se réinventer alors que dans la situation actuelle, il manque d’imagination ?

Pourquoi aucune ou si peu de mesures présentées par le Conseil d’État ne vont-elles dans le sens d’un projet de relance ? Résister, mais aussi rebondir face à une conjoncture difficile, ne peut se faire qu’avec une approche déterminée, audacieuse. Pourquoi ne pas investir dans l’innovation pour stimuler notre économie ? Pourquoi ne rien proposer dans le domaine des énergies renouvelables ou encore dans le domaine des économies d’énergie, pour développer certains secteurs de notre économie ? Pourquoi ne pas augmenter les subventions dans le domaine de la culture, sachant qu’un retour sur investissement est à imaginer ?

Faire face aux difficultés annoncées en acceptant de le faire avec moins ! Réduire pour se renforcer au lieu de renforcer pour rebondir. Voilà ce que nous propose le gouvernement. Ce constat, nous ne l’acceptons pas. Nous sommes convaincus qu’il existe des mesures qui permettent d’augmenter les revenus sans alourdir significativement la charge des classes moyennes, ceci même en situation difficile. Dans ce sens, nous avons déposé toute une série d’amendements et propositions. Des amendements et propositions qui ont été refusées par la majorité des commissaires.

À partir de là, comment demander au groupe socialiste d’accepter des coupes qui péjoreront le quotidien d’un grand nombre d’habitantes et habitants de notre canton ? Alors même que nos amendements permettent d’augmenter les recettes sans accabler celles et ceux qui contribuent déjà énormément en regard des moyens qui sont les leurs.

Parlons maintenant dialogue social. Lors des débats sur les budgets des années précédentes, nous avons répété encore et encore qu’un accord devait être trouvé avec les syndicats. Une fois de plus, notre appel a eu de la peine à être entendu. La grève menée par les enseignants a, dans un premier temps, mis en lumière la difficulté qu’éprouve le Conseil d’État à mener des négociations. Nous ne pouvons que regretter que les enseignants aient dû passer par la case grève pour obtenir des améliorations de conditions de travail qui ne peuvent qu’améliorer la qualité de l’enseignement et donc la formation des enfants de notre canton. Bien que la grève n’ait pas été reconduite, nous ne pouvons que constater que des dégâts ont été faits dans le corps enseignant et que la confiance doit être regagnée. Regagnée avec les enseignants mais aussi avec l’ensemble des employés de l’État, qui sont indispensables au bon fon fonctionnement de notre État. Nous continuerons à suivre de manière attentive ce dossier et nous n’oublierons pas de rappeler au Conseil d’État les engagements qui ont été pris.

Avec le deuxième volet de redressement, le premier n’étant pas encore digéré, le Conseil d’État veut aller vite, très vite, voire trop vite. Agir rapidement en telle situation pourrait être tout à l’honneur du gouvernement, mais son action trahit une précipitation certaine. Aux mesures linéaires dans les domaines de la santé et de la culture s’ajoutent des diminutions dans la charge en personnel alors que le même Conseil d’État n’a jamais remis en cause les résultats de l’étude BAK Basel qui qualifiait notre administration cantonale de légère. Et que le Conseil d’État, lui-même, s’est battu contre toute baisse d’effectif lors des exercices précédents.

Si le gouvernement agit dans la précipitation, que dire concernant les travaux de la commission des finances ? Là où l’exécutif tente de répondre à une situation qu’il juge urgente par des mesures que nous ne cautionnons pas, les commissaires PLR et UDC confirment leur déconnexion d’avec les citoyens et contribuables qu’ils disent défendre. Si le populisme est en vogue un peu partout dans le monde, nous osions espérer que notre parlement en serait préservé. Couper à l’aveugle tout en offrant des cadeaux fiscaux à ses amis au passage, quel beau programme politique !

Pas besoin de long débat en commission pour l’appliquer. Et cela tombait bien, au vu du peu de temps réellement à disposition pour que les commissaires puissent débattre des propositions qui nous étaient soumises. Ainsi, des diminutions de subventions ont été acceptées par la majorité sans même que les répercussions des décisions ne puissent être évoquées. Coupe, diminution, suppression, voilà les maîtres-mots des commissaires de la majorité. Dans cette ambiance, notre groupe n’a pu que prendre acte de la non-entrée en matière concernant ses propositions de revenus. Ce constat, certes déjà décevant, a pris des allures de débâcle avec les propositions de la majorité. Malgré une situation financière plus que difficile, la droite a réussi à se convaincre de la nécessité d’alléger la contribution des plus aisés de notre canton en proposant une adaptation du barème profitant aux hauts revenus. Afin de compenser cette péjoration, la majorité de la COFI a encouragé l’hémorragie en alignant des propositions qui réduisent les charges mais sans avoir le courage de dire où se feront les baisses. C’est qu’à couper à tout va, on risque de fâcher un ami ou l’autre. Alors autant que cela soit à un Conseil d’État à majorité socialiste de le faire.

Malgré ces conditions, le groupe socialiste acceptera l’entrée en matière car il est prêt à discuter, négocier, à défendre ses propositions. Mais il est aussi prêt à combattre les mesures qui sont, en l’état, inacceptables pour notre groupe.

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