Discours du 1er mai - Fleurier

34 ans après avoir inscrit l’égalité salariale dans la constitution fédérale, les femmes sont toujours soumises à la discrimination salariale. Est-ce acceptable ?

En tant que seule femme invitée comme oratrice à cette journée du 1er mai, je me devais de commencer par ce constat inquiétant. Ceci bien que j’estime que cette thématique doit être relayée par toutes et tous, pas seulement par les femmes, pas seulement par les femmes politiques mais par toutes et tous.

Comment est-ce possible d’avoir à faire un tel constat alors que la Suisse est l’un des pays où le chômage est l’un des plus bas d’Europe et que le nombre de femmes poursuivant une formation supérieure n’a cessé d’augmenté.

Le constat est toutefois sans appel, les femmes gagnent dans le secteur privé 1800 francs de moins par mois que les hommes. Cette différence engendrent un manque à gagner pour les femmes de l’ordre de 7.7 milliards de francs par année qui retombent ainsi sans gêne et sans bruit dans les caisses des entreprises. Ce pactole volé, n’ayons pas peur des mots, a certes une répercussion sur la vie des femmes, mais il a également une implication sur l’organisation des familles en général.

Alors que les primes-maladies crèvent les plafonds, que les loyers augmentent sans réel contrôle, que l’Etat joue la partition de l’austérité plutôt que celle de la solidarité, il devient toujours plus difficile de nouer les 2 bouts à la fin de chaque mois pour grand nombre de salariés. Dans ce contexte, il n’est pas acceptable que les femmes ne soient pas rémunérées à leur juste valeur. Combien d’années encore pour que l’on puisse affirmer « à travail de valeur égale, salaire égal ».

Pour pallier cette situation intolérable, il est temps de défendre et d’augmenter le nombre de CCT. Pas seulement dans les discours, à commencer par ceux que l’on a pu entendre lors de la campagne de la droite contre le salaire minimum, mais dans les faits. Ceci afin de procéder à des contrôles obligatoires sur les salaires au sein des entreprises par exemple. Des contrôles qui, pour être efficaces, devront être suivis de sanctions strictes à l’encontre des entreprises qui nous obligent, 34 ans après l’inscription de l’égalité salariale dans la constitution fédérale, à devoir encore dénoncer les inégalités de traitement entre hommes et femmes.

L’égalité entre hommes et femmes ne peut se limiter à la question salariale, elle passe par la valorisation du partage des tâches. Bien que pour moi, cet élément semblait aquis, le débat au sujet du congé paternité de cette semaine au Grand Conseil m’a fait prendre conscience que le chemin allait être encore long, voire très long. Déjà bien en retard dans le domaine, la droite neuchâteloise vit une fois de plus hors réalité. Toutefois, la demande d’étude étant acceptée, la balle est dans le camp du Conseil d’Etat, qui je l’espère aura une vision un peu plus progressiste pour la réaliser.

L’égalité entre hommes et femmes ne peut toutefois aboutir que si l’égalité au sens large est admise au sein de notre économie. Et là aussi, il y a encore beaucoup à faire. Dans ce sens, l’intégration de personnes souffrant d’un handicap doit également faire partie de nos priorités. Les employeurs doivent enfin se rendre compte que des compétences, des savoir-faire et des sensibilités différentes sont à disposition de l’économie. Mais le veulent-ils ?

Alors que les entreprises profitent de la crise du franc-fort pour intensifier le dumping salarial, pour jouer le Suisse contre le frontalier ou pour se placer en victime du libéralisme, les travailleurs sont de plus en plus menacés, fragilisés et le droit du travail mis à mal, pour ne pas dire mis à terre.

Dans ce climat, ce sont les jeunes et les travailleurs âgés qui paient les pots cassés. Les jeunes doivent par exemple accepter des stages payés aux lance-pierre, voire non rémunérés, pour espérer entrer un jour sur le marché du travail. Ces pratiques, de plus en plus employées par l’économie, sont intolérables et il est de notre devoir de les dénoncer, de les combattre et de les combattre encore.

Il est évident que pour nous, amis du 1er mai, tout travail mérite salaire, un salaire digne, et que cette façon de faire n’encourage en rien les jeunes formés à avoir confiance en eux, en l’avenir. Cette façon de procéder a également le désavantage de repousser à plus tard les premières cotisations aux assurances sociales, avec encore une fois des conséquences sur l’avenir. Je pense que cet élément devra être rappelé aux représentants de la droite lors des débats concernant les révisions des assurances sociales dans les chambres fédérales.

Quant aux travailleurs âgés, ils subissent encore trop souvent des licenciements pour être remplacés par des employés moins coûteux, plus flexibles et bientôt, eux aussi, remplacés. On peut clairement l’affirmer, il y a discrimination selon l’âge, des exemples existent dans notre canton et nous devons nous battre pour une protection efficace contre les licenciements.

Je pense que toutes les personnes ici présentes ont été touchées d’une manière directe ou indirecte par un cas de licenciement à un âge avancé. Toute personne ayant été touché sait qu’il n’est jamais évident de retrouver un travail digne, ceci d’autant plus si la personne est peu ou pas formée. Basé sur ce constat, nous devons nous battre pour un droit à la formation continue.

En exigeant des justifications de la part des employeurs lors de licenciements nous pourrons, avec le concours des syndicats qui abattent déjà un travail considérable, mettre le doigt sur les abus et maintenir la pression pour davantage d’équité.

Est-il normal que des CCT aient encore de la peine à être introduites dans certains secteurs ? Est-il normal que des personnes travaillant à 100 % ne puissent pas subvenir à leur besoin ? Moi je dis NON !

Des solutions existent et sont martelés depuis des années par la gauche et les syndicats. Bien que le salaire minimum a été accepté par la population neuchâteloise et que les modalités ont été fixés par le Grand Conseil, des mauvais perdants du parlement neuchâtelois se donnent le droit de recourir contre ces décisions par la petite porte juridique. Cette pratique est totalement légale mais elle démontre leur mauvaise foi, leur intérêt individuel et surtout le dénigrement d’une volonté collective. Ce qui n’empêche en rien leur parti de vouloir les envoyer sous la coupole fédérale.

A nous, amis du 1er mai de continuer le combat, dans les urnes mais sur le terrain avant tout. Merci et bonne fête du 1er mai !

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