NON à l’initiative nauséabonde de l’UDC « Pas de Suisse à 10 millions!» - Mon intervention lors du congrès du PSN
- il y a 2 jours
- 6 min de lecture
Nous entrons aujourd’hui dans la dernière ligne droite d’une campagne importante. Alors je ne suis pas devant vous pour vous convaincre que nous devons dire non une initiative dangereuse, mais je suis devant vous pour convaincre de la nécessité de continuer à nous engager dans la campagne. Nous sommes à 5 semaines de la votation et les sondages annoncent des résultats serrés.
Vous l’aurez compris je parle de l’initiative nauséabonde de l’UDC « Pas de Suisse à 10 millions ! ». Nauséabonde car voulons-nous une Suisse qui se replie sur elle-même, qui désigne des coupables et qui construit des murs politiques et sociaux ? Ou voulons-nous une Suisse solidaire, ouverte, capable de répondre aux défis sociaux et écologiques par davantage de justice et de coopération ?
Notre rôle aujourd’hui est clair : démontrer que cette initiative est une impasse. Une impasse économique. Une impasse sociale. Une impasse écologique. Et surtout, une impasse humaine.
D’abord, il faut rappeler une vérité historique essentielle.
La prospérité de la Suisse ne s’est jamais construite dans l’isolement. Elle s’est construite grâce au travail. Grâce aux échanges. Grâce à l’ouverture. Et surtout grâce à des centaines de milliers de travailleuses et travailleurs venus d’ailleurs.
Pendant des décennies, des personnes venues d’Italie, d’Espagne, du Portugal ou encore d’ex-Yougoslavie ont construit nos routes, nos tunnels, nos écoles, nos infrastructures. Elles ont travaillé dans les usines, dans l’agriculture, dans l’hôtellerie, dans les soins.
Elles ont largement contribué à faire de la Suisse ce qu’elle est aujourd’hui.
Mais cette contribution s’est souvent faite dans des conditions profondément injustes. Le statut de saisonnier en est l’exemple le plus marquant : des femmes et des hommes considérés uniquement comme de la main-d’œuvre temporaire, privés du droit de vivre durablement ici avec leurs familles. Certains enfants ont même grandi cachés, sans reconnaissance officielle.
Pourquoi rappeler cette histoire ?
Parce que cette initiative réactive exactement cette logique : une logique où l’on instrumentalise les personnes migrantes selon les besoins économiques du moment, tout en les rendant responsables des difficultés du pays. Même si le statut de saisonnier a été aboli avec l’introduction des bilatérales en 2002, nous avons toutes et tous un ou une proche ou connaissance ayant été impacté de par cette page sombre de notre histoire en Suisse. Maintenant, il est ainsi notre rôle de rappeler ceci et afin de ne pas retourner en arrière.
L’initiative obligerait le Conseil fédéral à prendre des mesures à partir de 9,5 millions d’habitantes et d’habitants dans le domaine de l’asile et du regroupement familial.
L’UDC prétend que l’immigration serait responsable de la crise du logement, de la saturation des transports, du bétonnage ou encore de la pression sur les services publics.
Mais regardons le réel impact en cas d’acceptation de cette initiative.
Premier point : l’économie et l’emploi.
Dans un canton comme canton de Neuchâtel, les conséquences de cette initiative seraient extrêmement concrètes.
Nous le savons, notre économie dépend fortement de l’industrie exportatrice. Près d’un tiers des emplois du canton sont liés à l’industrie. Nos entreprises ont besoin d’accéder aux marchés européens. Elles ont besoin de stabilité économique. Elles ont aussi besoin de personnel qualifié.
Or cette initiative menace directement nos liens avec l’Union européenne dont les accords bilatéraux.
Et si ces liens sont remis en cause, ce sont les salarié-e-s qui paieront le prix.
Davantage d’incertitudes économiques.
Des difficultés pour exporter.
Des risques de délocalisations.
Des pressions accrues sur les salaires et les conditions de travail.
Et il faut être très clair : l’UDC ne défend pas les travailleuses et travailleurs. Elle veut surtout continuer à démanteler leurs droits.
Pourquoi ? Parce qu’en affaiblissant les accords bilatéraux, elle menace aussi les mesures d’accompagnement qui permettent aujourd’hui de lutter contre le dumping salarial.
Autrement dit : cette initiative prétend protéger les salarié-e-s suisses alors qu’elle risque en réalité de fragiliser leurs salaires et leurs protections.
Deuxième point : les services publics et la santé.
Qui travaille aujourd’hui dans nos hôpitaux ?
Qui assure les soins dans les EMS ?
Qui fait fonctionner une partie essentielle de notre système de santé ?
Très souvent, des travailleuses et travailleurs venus de l’étranger.
Et ce n’est pas un hasard. Nous faisons déjà face à une pénurie de personnel dans les soins.
Limiter fortement l’immigration, c’est donc affaiblir encore davantage notre système de santé.
Mais il y a plus encore.
Dans des cantons comme Neuchâtel, les décès sont aujourd’hui plus nombreux que les naissances. Cela signifie que le vieillissement démographique augmente fortement les besoins en santé et en prévoyance.
Et d’ici trois à quatre ans, la population sera en baisse dans la moitié des cantons.
Si nous réduisons la population active, nous aurons moins de cotisations sociales, moins de recettes fiscales et davantage de pression sur les retraites, les primes d’assurance maladie et les prestations publiques.
En résumé : cette initiative affaiblit les bases mêmes de notre solidarité collective et donc de notre système d’assurance sociale.
Troisième point : l’écologie.
L’UDC tente aujourd’hui de récupérer le discours environnemental. Mais cette opération de communication ne résiste pas deux minutes à l’analyse.
Qui combat les politiques climatiques ambitieuses ?
Qui refuse les investissements massifs dans les transports publics ?
Qui soutient l’extension des autoroutes ?
Qui s’est opposé à des mesures fortes en faveur de la biodiversité ?
Toujours les mêmes.
Le bétonnage du territoire n’est pas causé par les personnes migrantes. Il résulte de choix d’aménagement, de spéculation immobilière et d’un modèle économique centré sur le profit à court terme.
La saturation des routes ne vient pas de l’immigration. Elle vient de décennies de politiques favorisant la voiture individuelle plutôt que les transports collectifs.
Et la crise du logement n’est pas liée au nombre de personnes vivant en Suisse, mais au manque de logements abordables et à l’absence de régulation suffisante du marché immobilier. L’UDC a refusé toutes les propositions dans ce sens, rien d’étonnant quand la moitié du groupe parlementaire UDC est au secteur immobilier.
Cette initiative détourne donc les préoccupations écologiques pour imposer un agenda xénophobe.
Et il y a une contradiction encore plus profonde.
L’UDC refuse d’agir sérieusement contre le dérèglement climatique tout en dénonçant ensuite les migrations que ce dérèglement provoque.
Car les migrations climatiques vont augmenter dans le monde entier.
Sécheresses.
Conflits liés aux ressources. Et ce n’est pas le contexte géopolitique qui va nous contredire.
Catastrophes naturelles.
Et déplacements forcés de populations.
Face à cela, nous avons besoin de coopération internationale et de justice climatique, pas de slogans simplistes. Mais là aussi dans la coopération internationale, l’UDC n’a aucun scrupule de raboter les budgets de la Confédération et continuera à la faire.
Quatrième point : la cohésion sociale.
Cette initiative repose sur une idée dangereuse : faire croire que les difficultés sociales seraient causées par les personnes migrantes plutôt que par les inégalités économiques et les choix politiques.
C’est une stratégie ancienne : opposer les salarié-e-s entre eux pour éviter qu’ils regardent vers le haut.
Pendant qu’on accuse les personnes étrangères, on parle moins :
des loyers abusifs,
de la concentration des richesses,
des bénéfices des multinationales,
de la spéculation,
du sous-financement des services publics.
Mais nous, socialistes, nous refusons cette division.
Nous affirmons que les travailleuses et travailleurs ont des intérêts communs, quelle que soit leur origine.
Nous affirmons que la dignité, les droits sociaux et les protections salariales doivent être garantis à toutes et tous.
Et nous affirmons qu’il n’y aura pas de transition écologique réussie sans justice sociale.
Camarades,
Cette campagne doit être offensive.
Nous ne devons pas seulement répondre aux peurs. Nous devons porter un projet politique fort qui passe par des
Investissement dans les transports publics plutôt que dans les autoroutes.
La construction des logements abordables.
La protection des salaires.
Le renforcement des services publics.
Une action réelle pour le climat.
Mais surtout un projet de politique qui refuse de désigner des boucs émissaires.
La véritable durabilité ne consiste pas à fermer les frontières. Elle consiste à construire une société plus juste, plus solidaire et plus démocratique.
Et cela demande aujourd’hui une mobilisation totale.
Nous devons aller convaincre autour de nous.
Nous devons parler aux collègues, aux proches, aux voisin-e-s.
Nous devons démonter les mensonges avec des faits.
Nous devons opposer l’espoir à la peur.
Parce que cette votation est un choix de société.
Soit nous subissont une politique de repli qui fragilise nos régions, nos emplois et notre cohésion sociale.
Soit nous défendons une Suisse ouverte, solidaire et tournée vers l’avenir.
Nous faison le choix de la solidarité, de la justice sociale et de l’ouverture.
Et je vous appelle toutes et tous à vous mobiliser avec détermination pour faire gagner un NON clair et massif à cette initiative dangereuse.

Commentaires