Oui, mon choix est cohérent !

Cinquante-huit pourcents de femmes au Grand Conseil, quinze femmes sur vingt-et-un élu-e-s pour le groupe socialiste, des résultats qui ne peuvent que me réjouir en tant que co-présidente des Femmes* socialistes suisses. La population neuchâteloise a donné un signal clair qu’elle voulait que le Parlement cantonal se féminise.


Elle a aussi décidé d’accorder une courte majorité de ses voix aux partis du centre et de droite. Une droite qui se voit également prendre au sein du Gouvernement. Et là, toujours en tant que co-présidente des Femmes* socialistes suisses, ça me pose un réel souci.


Aux journalistes qui me demandent régulièrement s’il est cohérent de soutenir une majorité de gauche plurielle au détriment d’une candidature féminine ultra-libérale, je réponds oui !


Ma réponse est oui et elle est on ne peut plus cohérente. En tant que femme socialiste, je m’engage à soutenir un socialisme pleinement féministe selon un manifeste que nous avons élaboré, un féminisme pour les 99%. Il est évident que la représentation des femmes en politique en fait partie, mais pas seulement et surtout pas à n’importe quel prix. Tout est pesée d’intérêt. Quand je vois les réponses dans les médias ou sur smartvote et les divers questionnaires d’associations de la candidate PLR au Conseil d’État, je ne peux que faire le constat que nous avons une vision du monde diamétralement opposée, que notre seul genre ne saurait concilier.


Le 14 juin 2019, nous étions plus d’un demi-million dans les rues de Suisse et comme j’aime le rappeler, nos revendications étaient diverses. J’ai fait principalement la grève pour toutes les femmes qui ne pouvaient pas être présentes par peur de perdre leur emploi et pour revendiquer une valorisation des métiers majoritairement féminins, l’égalité salariale et des mesures pour une meilleure conciliation vies familiale et professionnelle, sans oublier, évidemment, la question des violences envers les femmes.


Les réponses de Mme Graf sont l’antithèse de ce que je défends et en plus elle ne s’en cache pas. Selon elle, il ne faut pas inscrire le consentement dans la loi sur le viol, il ne faut tout simplement pas lutter contre le harcèlement ou lutter contre les inégalités salariales. Mais en revanche, elle est prête à supprimer le salaire minimum cantonal, à défendre la libéralisation des horaires d’ouverture des commerces ou l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes. Des mesures qui impactent principalement des femmes.


Grâce à mon travail au sein du syndicat Unia, je ne peux qu’observer les attaques de la majorité bourgeoise dont Mme Graf (tout comme ses deux colistiers) fait partie contre les conditions de travail des travailleuses et travailleurs de notre pays. Des travailleuses et des travailleurs qui appartiennent aux 99% de la population. Et j’observe aussi qu’en raison de la crise, l’écart de revenus se creuse et les emplois précaires se multiplient. Une situation qui me préoccupe au regard du profil socio-économique de notre canton, de ses habitantes et habitants qui sont facilement fragilisés. En raison de la crise actuelle, nous savons que la prochaine législature s’annonce compliquée. Un Parlement de droite pour y faire face n’ira évidemment pas dans le sens de la politique que je défends.


Cela sera dur et souvent frustrant.


Je sais aussi que dans une telle configuration, un gouvernement de gauche ne sera pas dans une situation plus simple. Mais je sais aussi que le Conseil d’État a des compétences directes dans des domaines qui me sont chers. Et oui, dans le domaine social, de la formation ou pour des subventions, des décisions peuvent être prises sans passer devant le Parlement. Ce ne sont que des exemples, mais il dit l’importance de qui détient la majorité au Gouvernement.


Alors, Messieurs les journalistes, vous comprendrez qu’au vu de ces constats, ma position de soutenir la liste de la gauche plurielle est parfaitement cohérente. Donc, qu’il soit féminin ou masculin, cessons de nous arrêter à l’emballage et attelons-nous au contenu: les positionnements politiques des candidatures au Conseil d’État !


Pour une sortie de crise plus que jamais durable et solidaire !