ID Régions - Mon intervention


A la lecture du texte qui accompagnait l’invitation à cette matinée de réflexion, le sentiment qui se dégage est qu’équilibre et centralisations ne peuvent qu’être opposées. J’avoue être un peu étonnée par cette approche.

En effet, la centralisation à l’échelle de notre canton, n’équivaut pas, selon moi, à la centralisation caricaturale selon le modèle français où tout est réunis en un même lieu. Centralisation rime, selon moi, avec une localisation unique, d’un point de vue géographique, pour une prestation donnée, mais ces localisations uniques peuvent être réparties de manière équilibrée sur l’ensemble d’un territoire. C’est pourquoi je pense que des centralisations ou plutôt des regroupements, terme moins connoté, peuvent être équilibrées d’un point de vue spatial.

Cette affirmation est certes plus théorique que réelle dans le contexte neuchâtelois que nous connaissons, tant il a été démontré que dans plusieurs domaines, centralisation rimait bien souvent avec localisation dans le bas du canton.

Il serait néanmoins faux de croire que cette situation est le fruit d’une simple prédominance démographique du littoral neuchâtelois. Ces réorganisations sont bien souvent issues de la concurrence engendrée par la politique fédérale d’agglomération.

Notre espace ne se vit pas que sur une seule échelle cantonale, mais s’intègre aussi dans des dimensions régionale et nationale, voire au-delà. En effet, dans le domaine de la formation par exemple, la concurrence est telle que des écoles de type HES ne peuvent que difficilement être éloignée des axes de la Suisse métropolitaine (axes qui regroupent Zurich, Bâle, Genève-Lausanne et dans une moindre mesure Région capitale suisse), pour maintenir leur attractivité.

Plus qu’une question de confort ou d’accessibilité, c’est bien l’existence de ces sites neuchâtelois qui est questionnée et parfois remise en cause par le cadre fédéral. L’objectif d’offrir une formation de qualité et reconnue aux habitantes et habitants de notre canton est essentiel, mais sa réalisation dépend aussi de notre capacité à faire venir des étudiants d’autres cantons qui, par la suite, pourraient devenir résidents permanents.

En terme de répartitions, je pense que nous, citoyens et politiciens, devons mener une réflexion approfondie afin de définir les activités pour lesquelles le contexte fédéral nous impose certaines localisations. Et donc aussi celles pour lesquelles notre marge de manœuvre est plus grande.

Pour parvenir à une répartition optimale, nous devons prendre ce qu’il y a de meilleur dans chacune des régions du canton pour les valoriser et faire rayonner le canton. Il est évident que les communes du haut du canton sont prétéritées pour la localisation de certaines activités, mais pourquoi en faire une querelle cantonale ?

Travaillons, ensemble, sur ces échelles différentes.

En effet, et c’est un fait, il n’est pas évident d’être éloignés, même si cette notion est relative, des métropoles que compte notre pays. Une évidence s’impose toutefois dans ce contexte, c’est celle d’un réseau de transport régional performant sur l’ensemble de notre canton, avec comme ancrage une ligne directe entre le haut et le bas du canton.

Dans ce sens, le Grand Conseil a exprimé un signal fort cette semaine en acceptant son préfinancement. Je suis convaincue que c’est autour d’un projet comme celui-ci que la cohésion cantonale peut ressurgir comme atout pour notre canton. Mais pour que ce projet fonctionne, nous devons y construire des projets autour.

Mais que faire pour valoriser les régions hors des réseaux de la Suisse métropolitaine ? Je pense que nous devons investir dans les services de l’arc jurassien ou purement cantonaux, et dans cet esprit, le nouvel hôtel judiciaire a toute sa place à la Chaux-de-Fonds. Certains sont prêts à se battre pour qu’il ne puisse jamais se construire sur l’espace Le Corbusier en invoquant des arguments financiers. Je ne pense pas que cela soit le problème principal, je remarque entre autre une réticence de la part de la magistrature. Mais un juge est-il vraiment moins mobile qu’un patient des montagnes ou des vallées ?

Ce n’est toutefois pas le seul projet pour lequel nous devons investir et nous investir. Nous devons permettre des investissements dans les régions frontalières dans des domaines comme la culture et les infrastructures sportives par exemple.

Efforçons-nous de rendre ces régions attractives, que cela soit de manière ponctuelle ou pourquoi pas de manière pérenne, pour les personnes qui y pendulent. Certaines ressources pourront ainsi rester dans notre canton. Considérons ainsi la thématique des frontaliers comme une opportunité et non pas comme un thème clivant.

Ceci ne peut se faire sans les relations inter-cantonales et transfrontalières. Ces relations ne doivent toutefois pas être une simple déclaration, mais une réelle volonté cantonale. Elles ne doivent pas seulement être discutées avec les régions frontalières mais avec l’ensemble des acteurs cantonaux. J’ai bien souvent l’impression que les discussions avec la France voisine n’ont lieu qu’avec les communes du haut du canton et que celles avec les acteurs du plateau se font principalement avec le Littoral. Pour changer ces habitudes, il y a encore beaucoup à développer. Un exemple à privilégier serait les transports, mais ce n’est pas le seul.

Dans le domaine de la santé, de nouvelles synergies inter-cantonales doivent être réfléchies et malgré le contexte fédéral contraignant, la réflexion doit également couvrir la région transfrontalière.

Je suis convaincue que ce n’est que par une approche globale, mais en distinguant les différents niveaux d’action possible, que nous pourrons agir sur la qualité de vie des habitantes et habitants de notre canton. Face à une situation qui se dégrade, le sentiment de colère développé par les neuchâteloises et neuchâtelois de plusieurs régions de notre canton est, certes liée à une diminution de prestations et de services, mais pas seulement. Je pense que le fait que des promesses n’ont pas été tenues ne fait qu’augmenter ce sentiment. En effet, comment ne pas se sentir trahi, voire abandonné quand des décisions cantonales ont tout d’une marche arrière ?

Pour conclure, je pense que nous devons mettre notre énergie pour les niveaux sur lesquels nous avons un réel moyen d’action, en prenant en compte des véritables besoins de la population. Ces réflexions et démarches doivent être réalisées en toute transparence. Mettons en place des prestations et services innovants dans les régions périphériques de notre canton pour les rendre attractives. Afin que ceci puisse se construire dans la durée, privilégions la collaboration des différents acteurs.

Le programme


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